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Sunday, December 31, 2017

TAKROUNA [تكرون]

Panorama depuis le haut de Takrouna
Dans la partie sahélienne, au sud d'Hammamet, à proximité de Sousse, on trouve quelques collines
Partie basse du rocher
rocailleuses. Cette région a conservé un peuplement berbère. Non loin de la petite ville d'Enfidha, on aperçoit un nid d'aigle au sommet duquel se trouve un joli petit village appelé Takrouna. Ses habitants se battent pour conserver l'héritage de leurs ancêtres numides.


1.Toponymie.
Le pic rocailleux de Takrouna s'élève à 200m au dessus de la plaine environnante. Les fossiles marins retrouvés (époque du Miocène) ont permis aux géologues d'en expliquer l'origine : la région avait été autrefois envahie par la mer.
D'après Monsieur Nizar Chhoudi, un des rares habitants de ce nid d'aigle, le nom berbère de Takrouna signifie « le long cou » [ta, allongé et krouna, cou]. Une appellation poétique pour décrire cet éperon rocheux qui se détache du paysage.

2.Habitat.
Cour intérieur d'une maison
L'architecture amazighe de Numidie adopte le style de la ghorfa [غرفة] à voûte permettant de conserver une certaine fraîcheur. Ce type de construction est à la base du ksar. Les pièces s'ouvrent sur une cour intérieure. On y trouve souvent un four servant à confectionner la « galette » (pain rond traditionnel).
Nizar, notre hôte, a expliqué comment on construisait cette voûte plate faite de quatre morceaux. On édifiait une sorte de moule en sable qui permettait la construction et l'assemblage.
Voûte intérieure
Vue d'une cour intérieure habitée.
3.Le village actuel.
Le rocher de Takrouna
La culture et l'habitat amazigh sont menacés d'extinction. On pourrait donc penser que ce merveilleux petit village de montagne soit laissé à l'abandon. Or une femme, Madame Aida Bellagaha Gmach, dont la famille est originaire de Takrouna, se bat pour sauver ce patrimoine exceptionnel. Elle explique comment ses ancêtres, réfugiés d'Andalousie, sont arrivés à Takrouna. « C’est au quatrième palier, au sommet du piton, qu’habitait la famille Gmach (Gomez ). Ils sont originaires d’Andalousie, de la Sierra de Ronda de la région Benaladid «Ta kurunna» et qui, pendant l’immigration mauresque d’Andalousie en 1609, quitte l’Espagne pour s’installer en Tunisie. »
Assis à l'ombre de la terrasse ensoleillée du café du « Rocher Bleu », il fait bon humer l'air et contempler le panorama tout en sirotant un thé à la menthe. Ici, le silence semble avoir suspendu le temps. On songe alors à Tahar Guiga (1922-1993), écrivain, natif de Takrouna ou à Guy de Maupassant qui s'émerveilla sur ce site absolument unique.

4.Le Rocher bleu.
Il s'agit d'un agréable café situé tout en haut de l'éperon rocheux, offrant une vue à 180º jusqu'à la mer depuis une terrasse
La terrasse du Rocher Bleu
ombragée. Aïda, la propriétaire, appartient à une vieille famille locale originaire de l'Andalousie musulmane. Aïda crée des bijoux exposès à la vente dans la boutique du café. Elle explique ses propensions artistiques inspirées par un grand artiste tunisien,
Ali Bellagha 
(1924-2006). « Pendant 30 ans, j'ai géré la galerie et travaillé avec un grand artiste, feu Ali Bellagha. C'est lui qui m'a initiée à la peinture, à la sculpture, à la céramique… ». Aïda a également rassemblé une collection d'objets berbères de Tunisie, allant de l'île de Jerba [جربة] à la région de Sejnane [سجنان], au nord de la Tunisie.
L'histoire du « Rocher bleu » nous a été contée par Nizar. Quand le côté face du rocher de Takrouna est au soleil, la roche est jaune, alors que celle restée à l'ombre prend une lumière bleutée, à l'origine donc de ce nom.
Intérieur du café

Le coin repas
5.Le Musée.
Plat en terre cuite
Le petit écomusée appelé Dar Gmach est poignant dans sa simplicité authentique. Aïda y a rassemblé une collection d'objets évoquant la Tunisie berbère, du sud au nord. Les poteries de Sejnane présentent une grande similarité avec le décor des poteries kabyles. « Je continue de compléter, au fur et à mesure, les quelques pièces qui manquent, » dit-elle, en ajoutant : « Je considère que les objets anciens et précieux qui y sont exposés ont une âme. Je les laisse libre. Ils sont à la portée des visiteurs, ils continuent leurs vies d’une certaine manière. »
Poteries de Sejnane
Dessins amazigh traditionnels
Quelques objets traditionnels exposés
Notice explicative
Fossiles trouvés sur le site de Takrouna
Retour au café du Rocher Bleu



6.Takrouna pendant la IIe Guerre Mondiale.
Pendant la IIe Guerre Mondiale, Takrouna fut le site d'une bataille célèbre. Alors qu'une garnison de troupe italienne avait la charge de garder ce nid d'aigle, un bataillon néo-zélandais, essentiellement composé de Maoris, a réussi à vaincre les soldats italiens, en avril 1943, au prix de nombreuses pertes comme le cimetière néo-zélandais dans la plaine le rappelle.

Grâce aux efforts entrepris, ce petit village est désormais inscrit aux visites de quelques circuits touristiques. Certaines maisons ont même été restaurées par des étrangers pour servir de résidences de vacances. Toutefois, la partie basse du village, encore en ruines, attend des jours meilleurs pour renaître et conserver son héritage amazigh traditionnel. Déjà, plus personne à Takrouna ne parle le tamazight. Or ce village existe depuis plus de 2 000 ans. Il appartient à l'héritage tunisien au même titre que les  hommes du Capsien, ou de cette tribu des Ifri, déformée en Afri par les Romains, qui justement appelèrent cette contrée Africa. Nizar voudrait à juste titre que ce patrimoine puisse être classé par l'UNESCO. Souhaitons que ce vœu puisse être exaucé afin que les racines originelles du pays soient reconnues et préservées pour les générations futures.
Christian Sorand
Liens :
Type architectural typique
Construction au haut du village
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Entrée d'une maison encore habitée
Porte de maison
Panorama depuis le toit du Richer Bleu
Maison de Takrouna restaurée
Le rocher vu de la partie basse
Partie non encore restaurée
Le rocher vu de la partie inférieure du village

Vieil intérieur en ruine
Panorama d'une fenêtre des ruines
Voûte intérieure d'une ancienne maison.
Vue panoramique de la campagne environnante

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