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Monday, November 30, 2020

PATTAYA HILL: A great alternative


The hill forms a promontory between Pattaya City and Jomtien Beach. Although it is densely built with many high-rise buildings, it is a location that has kept its own charm by offering a clear break from the other best-known local places.

There are shops and condominiums, as well as hotels, resorts, and restaurants. But its clear asset is that it has managed to keep some of its green environment and splendid lookouts on the city, the bay, and the far-off islands. It even offers a sandy beach of its own at the foot of the hill.

These days, one of the trendiest places is Pattaya Sky Gallery that offers drinks and food in a wonderful terraced garden overlooking the Gulf of Thailand. This is truly a wonderful place for a great chill-out in the afternoon or in the evening.

The other great place to go is the Big Buddha Temple, which is not only picturesque but also offers a great panorama of Pattaya City.

Pattaya Hill offers a good alternative for those who like a more quiet lifestyle than the usual festive mood of Pattaya City. 















Sunday, November 29, 2020

Symbolique - VI. De L’AXE à la COLONNE

Parmi les quatre symboles fondamentaux, l’image universelle de la croix indique l’expansion de la Création vers les quatre points cardinaux. En tant qu’extension linéaire du point, elle préfigure le cercle (le Ciel) et le carré (la Terre). En décomposant les deux lignes directionnelles, le trait horizontal relie l’Est à l’Ouest, tandis que le trait vertical relie le Nord au Sud. Or, physiquement parlant, ce trait vertical terrestre, reliant les deux pôles, est appelé l’axis mundi, puisqu’il indique l’axe de rotation de notre planète.
Ainsi donc, on passe d’un trait vertical à la notion d’un axe vertical. Appliqué à la surface terrestre cet axe vertical va aussi servir à la notion alchimique du haut et du bas. En d’autres termes, l’axe vertical va symboliser un axe imaginaire reliant la Terre au Ciel. Par voie de conséquence, la ligne verticale va indiquer une aspiration spirituelle d’élévation au même titre que la montagne. Pour les Hindous ou les Bouddhistes, le mont Kailash au Tibet est l’axe du monde.
À partir de cette notion de base, cet axe va prendre différentes fonctions: le bâton, la canne, le sceptre, le totem, le pilier, le mât, la colonne, l’obélisque; il va même devenir monumental: la ziggourat, la pyramide, la flèche du sanctuaire, le clocher ou le minaret.
1.Le bâton. Cette image apparaît dans de nombreux mythes. Il y a le bâton d’Esculape, celui ailé

d’Hermès, mais aussi le bâton du Maréchal ou bien celui du pèlerin dont d’ailleurs Moïse pourrait en être l’origine. Curieusement ce bâton est associé au symbole chthonien du serpent (Esculape, Hermès et même Moïse). On peut tout aussi bien l’associer à la symbolique de l’arbre, puisqu’il en est une branche. On pense alors à cet arbre de la Connaissance du Bien et du Mal de l’Eden, où justement, on retrouve encore le serpent. Le bois et le reptile semblent faire bon ménage. Mais ce serpent s’enroule autour d’un axe, pointant la tête en haut. On peut l’interpréter comme un signe de la soif d’une connaissance terrestre s’interrogeant sur les mystères cosmiques. Or, l’ondulation horizontale su serpent devient verticale, en s’enroulant autour de l’axe du tronc. Et ce même arbre est un pommier!
En 1698, l’explorateur canadien, d’origine normande, Pierre Le Moyne d’Iberville (1661-1706), est parti de la La Nouvelle Orléans pour explorer la vallée du Mississippi. Un peu plus au nord, l’expédition découvrit un poteau rouge planté dans le sol. Il délimitait deux nations amérindiennes: le territoire des Bayagoulas (au sud) et celui des Oumas (au nord). On sait que les tribus indiennes étaient surnommées les Peaux Rouges parce qu’ils se badigeonnaient le corps de terre rouge. Ce bâton était de cette même couleur et a donc été décrit comme étant un “bâton rouge”. Depuis, cet endroit est devenu le site de la capitale de l’état de la Louisiane, Bâton Rouge.
2.Le totem. Pour rester dans le domaine amérindien de cette partie du continent, on se doit d’évoquer cet autre tronc emblématique appelé le totem. Ce terme appartient à la langue des Algonquins. Il est toutefois caractéristique de la partie nord-ouest du continent. Il reste donc une forme culturelle régionale

symbolisant sous une forme animale, souvent ailée, le lien existant entre les vivants et les ancêtres, plantés sous cet axe. Comme les Amérindiens vivent en symbiose avec la Nature, le totem peut donc s’inspirer du monde végétal ou minéral, tout autant que du monde animal. La présence de créatures ailées stigmatise vraisemblablement une connexion spirituelle. Claude Lévi-Strauss a consacré une étude sur les tribus indiennes de la Colombie-Britannique de la côte Pacifique du Canada. Dans ces cultures indigènes, la danse et le masque sont étroitement liés à “l’omniprésence du surnaturel” et au “pullulement des mythes.” [p.9] L’anthropologue explique l’origine du lien symbolique de l’axe vertical entre le haut et le bas, au travers de la danse et du masque. “Ils dansaient en montrant le ciel du doigt pour rappeler que […] leurs ancêtres en étaient descendus” [p.20]. “Les versions de l’île (de Vancouver) relatent qu’aux premiers temps, les ancêtres des masques tombèrent du ciel” [p.21].
Généralement, on pense que le totem est l’apanage exclusif des Amérindiens du continent nord-américain.

Or, en fait, cette tradition existe aussi parmi les cultures de la grande forêt de Bornéo. Dans les communautés Dayak traditionnelles, on trouve souvent une variante du totem. Taillé dans un tronc d’arbre, cette sorte de pilier noir adopte la fonction symbolique de l’axe vertical. où l’on a sculpté des volutes et des effigies. Un observateur expatrié local décrit la fonction actuelle du “poteau dayak” à Eheng, une communauté dayak des bords de la Mahakam, au Kalimantan. “Après avoir assisté au taillage du fût totémique, appelé sepunduq, on le destinait à être érigé dans la clairière située devant la “longhouse” pour servir de poteau d’attache à une bête de sacrifice, à l’apogée de la cérémonie. Autrefois, cela aurait été un sacrifice humain.” [The totem pole or sepunduq I observed being carved was to be erected in the clearing in front of the longhouse, where it would serve as a hitching post for a sacrificial beast at the climax of the ceremony. In earlier times a human sacrifice would have been offered].  Comme il s’agissait d’un rite funéraire, on retrouve donc ici l’idée d’un lien spirituel entre les vivants et les ancêtres.
3.Le sceptre et la canne. L’un des attributs de la royauté demeure le sceptre. Évidemment, on le trouve

tout d’abord en Égypte. Le Pharaon qui règne sur la Basse- et la Haute-Égypte porte un double sceptre croisé: le crochet et le fouet. À noter, qu’il porte parfois une mitre sur la tête. Le parallèle s’impose avec l’évêque qui, outre la mitre, avance accompagné d’une canne. Le lien s’étaye aussi avec l’image bucolique du berger portant une longue canne pour surveiller son troupeau de moutons. Le sceptre est donc un lien entre le Ciel et la Terre. Pharaon était le fils de Rè (ou Ra), de même que l’Empereur de Chine était le Fils du Ciel. N’oublions pas que Zeus, roi de l’Olympe a pour sceptre l’éclair, ce feu du ciel prêt à frapper la Terre. Le sceptre est alors resté un emblème du pouvoir et de la royauté. Il porte parfois un emblème culturel: une fleur de lys pour les Rois de France, un aigle pour l’Empereur. Pour le berger vivant sous la voûte étoilée (n’oublions pas qu’il existe une “étoile du berger”) c’est un axe du monde appelant la pluie bénéfique au bien-être de son troupeau. L’image du berger s’est perpétrée dans le rituel chrétien.
4.Le pilier. On retrouve une nouvelle fois une lointaine descendance préhistorique du “Djed” égyptien. Le pilier est souvent associé à la verticalité du tronc d’arbre, puisqu’a l’origine, il est en bois. C’est donc un symbole de stabilité reflétant l’harmonie de l’univers tel que mythe d’Osiris le décrit. D’ailleurs le signe hiéroglyphique utilisé est un terme signifiant l’idée de “stabilité”. Son image a souvent été reprise ensuite sous la forme d’une amulette. Il fait aussi partie des croyances des Dayaks dans la grande forêt de Bornéo.

En décrivant la yourte mongole, l’ethnologue Pascal Dibie en décrit l’intérieur de cette manière: ”Le terme mongol approprié qui désigne cette habitation de feutre est ger. […] Les linguistes notent que le terme ger indique l’étroite dépendance entre maison, femme et famille. […] Ceci pour insister sur le fait que la fondation d’un nouveau foyer et l’acte de mariage équivaut à l’érection d’une nouvelle ger. Installé au
centre du toit conçu comme étant à l’image du ciel, le toono est à sa façon une porte, mais une porte intermédiaire et verticale qui maintient l’axe entre le monde des humains et le monde supérieur: un passage réservé aux esprits.”. Ce même ethnologue ajoute la remarque suivante au sujet du tipi des Amérindiens: ”On dit que jadis un tipi était plus proche d’un temple que d’une maison: le sol du tipi représentait la Terre Mère, les murs le ciel et les perches le chemin entre la terre et le pays des esprits, autrement dit la route entre l’homme et Wakan-Tanka.
Jean Servier, historien et ethnologue, professeur à l’université des lettres et des sciences humaines de Montpellier, était un spécialiste de la culture berbère. En décrivant les rites de construction kabyle, voici ce qu’il a écrit: ”Les rites de construction dans leur diversité apparente sont les signes et les rappels du contrat d’alliance passé entre un groupe humain - une famille - avec son clan et avec l’Invisible : saints protecteurs, ancêtres, génies gardiens.” Il évoque justement la cérémonie liée à la pose du pilier central. Il ajoute donc le commentaire suivant: ”Le pilier central et la poutre maîtresse représentent symboliquement le couple qui va vivre dans la maison.” Simple remarque linguistique qui mériterait sans doute d’être développée: en français “le pilier” est de genre masculin, alors que “la poutre” est de genre “féminin”. Il y a “le soleil” (Râ, Osiris, Hélios, Apollon) et “la lune” (Isis, ), le feu (triangle, pointe en haut) et l’eau (triangle, pointe en bas), etc…
En Thaïlande, il existe une tradition liée au Pilier fondateur [Lak Mueang]. Chaque ville importante

possède un mausolée abritant le pilier marquant le lieu de la fondation. À la mort du roi Taksin à Thonburi, le trône siamois est passé à la dynastie actuelle des Chakri. Rama Ier a donc voulu fonder une ville nouvelle sur l’autre rive du Chao Phraya, l’île de Rattanakosin. C’est donc là que se trouve  le mausolée du Pilier de Fondation de la Cité des Anges (Bangkok), à deux pas du Grand Palais, à l’angle nord-est de Sanam Luang (l’espace royal). Ce lieu fait l’objet d’un véritable culte phallique, très fréquenté par les Thaïs.  
5.La colonne. Parallèlement au pilier, la verticalité de la colonne est un élément appartenant à l’architecture. C’est d’abord un élément spécifique du temple. Par conséquent, la colonne revêt un aspect mystique en dépit de ses aspects culturels différents. Elle conserve la fonction initiale de lien entre le bas et le haut, la Terre et le Ciel. Chaque dieu grec entretenait son culte dans un temple. Ainsi, le mythe d’Apollon avait rendu

Delphes célèbre pour les mystères d’Éleusis. Perchée tout en haut d’un banc, la Pythie s’identifie à une véritable colonne vivante, servant de médium entre le dieu et les profanes. La mise en scène incluait un voile de vapeurs sorties des entrailles de la Terre. Après s’être intéressée au site de Delphes, la Science a révélé que ce lieu se trouvait effectivement sur une faille tectonique qui autrefois émettait des fumerolles d’origine volcaniques. Mais il est intéressant de lire aussi les éléments de ce mythe défini par la conception trilogique grecque. On est en présence d’un dieu communiquant par l’intermédiaire d’une vierge avec les hommes. Ce lien est à double sens: du haut vers le bas, mais aussi du bas vers le haut. Les vapeurs du lieu ont la même fonction que l’encens qui brûle dans un sanctuaire; sauf que la fumée, naturelle et permanente, provoque une aura de mystère. Les trois étages du monde grec sont donc sous-jacents: l’intérieur de la terre, la surface du monde profane et la demeure céleste du dieu. Quelle belle alchimie!  
En architecture, le terme “colonne” vient du mot latin “columna”. S’il est probable que cet élément soit originaire de l’Égypte ancienne, c’est surtout la Grèce antique qui apporte les trois styles la caractérisant le

mieux: le style dorique, l’ionique et le corinthien. Comme le monde de la mythologie grecque présente un goût immodéré pour le chiffre trois, on remarque qu’outre ces trois styles, la colonne se compose aussi de trois éléments: une base, un fût et un chapiteau. 
En outre, la colonne sert à célébrer des moments historiques de l’Histoire souvent liés à glorifier des héros. À Paris, la colonne de la place Vendôme est dédiée à Napoléon Ier, identifié à un empereur romain. Sur la place de la Bastille, il y a la colonne de la Liberté. Cet emblème se retrouve d’ailleurs dans d’autres villes du monde; à Mexico, par exemple. À Londres, la colonne de Trafalgar Square est dédiée à l’amiral Nelson; Rome possède la colonne Trajan. Cette tradition perpétue donc le mythe du héros grec qui, par ses actes, arrive parfois à être invité à rejoindre le monde des Olympiens (Héraclès, par exemple).
6.L’obélisque. Il s’agit du monument architectural qui est peut-être le plus chargé de symbolisme et dont la répartition géographique est devenue universelle. Quelles grandes cités terrestres n’ont pas leur obélisque?

Le terme d’obélisque provient à l’origine du grec ancien [obeliskos, ὀϐελίσκος], mais il appartient avant tout à la civilisation égyptienne. Selon la mythologie d’Héliopolis, ce serait un rayon de soleil sous lequel Atoum-Ré se serait manifesté pour la première fois. À l’image de la colonne, l’obélisque comporte lui aussi trois éléments: un piédestal, un fût quadrangulaire dégressif et une pointe rappelant la pyramide et appelée un pyramidion. Symboliquement, sa forme schématise un passage d’une base carrée qui s’affine en pointe et révèle ainsi un passage du bas vers le haut, du profane au sacré. Sa structure l’associe aussi à un symbole phallique, porteur de fertilité, associé au soleil. C’est pourquoi le pyramidion est souvent recouvert d’or. Christiane Desroches Noblecourt écrit que “l'obélisque représente un rayon de soleil pétrifié, et en même temps le sexe de l’astre.” Elle ajoute que “le pyramidion est couvert d'électrum, un alliage naturel de 75% d'or, de 23% de cuivre et de 2% d’argent.” Dans une Loge maçonnique, la pierre brute, à gauche, fait place à une pierre taillée, à droite, qui n’est autre qu’un pyramidion. Or cette partie haute de l’obélisque, étant la plus élevée, glorifie les aspirations de l’homme et la perfection terrestre, où “tout est juste et parfait”. L’obélisque recèle assez mystérieusement l’effigie du nombre trois. Tout d’abord, il est composé d’un piédestal supportant le corps de l’obélisque, surmonté du pyramidion. Ensuite, du moins chez les Égyptiens, il était taillé dans du granite. Or cette roche contient trois minéraux: le quartz, l’orthose et le mica. 

Étonnement aujourd’hui, un grand nombre de capitales et de villes du monde sont ornées d’un obélisque. En voici quelques exemples célèbres. À Paris, sur la place de la Concorde, il y a l’obélisque du temple de Louxor (23m de haut), érigé à la demande de Louis-Philippe. À Washington D.C., le Washington Monument est un obélisque (de 169m) édifié en 1848 à la gloire du général Washington, franc-maçon et premier président. Dans “The Lost Symbol”, l’auteur Dan Brown lui accorde une place toute particulière. Londres a également son obélisque égyptien: Cleopatra’s Needle. Il existe un double de ce dernier édifice, à Central Park, à New York. L’obélisque de Buenos Aires (1936, 68m) glorifie le centenaire de la capitale argentine, tandis que le Victory Monument de Bangkok (1942) célèbre la victoire de la guerre franco-thaïe. À Istanbul, l’obélisque de Théodose provient du temple égyptien de Karnak. Rome ne possède pas moins de cinq obélisques, un autre chiffre symbolique qui sied à la Ville des Sept Collines. Le Hyde Park Obelisk de Sydney date de 1857. La ville historique d’Arles, première capitale de la Gaule romaine, a aussi son obélisque provenant de l’ancien cirque romain (du IVe siècle) et édifié au XVIe siècle sur ce qui est devenu aujourd’hui la place de la République.
Il convient donc, à ce stade, d’opposer la symbolique de la colonne à celle de l’obélisque. Plusieurs agglomérations majeures affichent parallèlement les deux structures. Outre un obélisque, Londres possède la colonne Nelson de Trafalgar Square, tandis que Paris affiche la colonne Napoléon sur la place Vendôme). À Lisbonne, l’obélisque de la place Restauradores est dédié à la victoire de la guerre de restauration (XVIIe), tandis que la colonne de la place voisine de Rossio supporte la statue du roi Dom Pedro IV. 
À l’instar de la pyramide, l’obélisque a une basse carrée se terminant en pointe (le pyramidion). 
La colonne, par contre, est circulaire. Le symbole du carré s’oppose à celui du cercle.
-La première semble représenter une assise terrestre tendant à glorifier la voûte céleste, traditionnellement celle des dieux. C’est en quelque sorte une continuation de la structure égyptienne faisant partie de l’architecture des temples. L’obélisque du monde contemporain tend plutôt à célébrer l’idée d’une unité nationale. 
-La seconde tient souvent de support à la statue d’un héros (Colomb à Madrid, l’amiral Nelson à Londres,

Napoléon à Paris, ou bien sert à célébrer un moment historique important tel que l’Ange de la Liberté sur la place de la Bastille à Paris. Cet édifice a d’ailleurs été reproduit à Mexico (El Angel de la Independencia). 
L’obélisque a une assise terrestre aspirant à une reconnaissance céleste. La colonne apporte une conception divine au héros. L’un est le signe d’une abstraction populaire et nationale, l’autre est l’emblème d’un héroïsme partagé ayant un statut quasi-divin.
7.Le Phare. Il existe une autre sorte de colonne emblématique appartenant au monde maritime. Il s’agit du phare, édifice bien connu des marins. Le mot d’origine latine, utilisé en français, rappelle le souvenir du célèbre phare d’Alexandrie, l’une des Sept Merveilles du Monde antique. Or, ce monument était en fait bâti sur l’île de Pharos (φάρος) au large de la ville grecque d’Alexandrie. 

Le phare, protecteur du monde marin, possède un élément supplémentaire important: la lumière. C’est vraisemblablement pourquoi en anglais le terme utilisé est “lighthouse”. En outre, le fait qu’il soit connecté à l’histoire d’Alexandrie l’associe à la célèbre bibliothèque qu’on n’hésitera pas à qualifier de “monument-phare” de l’Antiquité! Voilà comment ce terme arrive à transcender une origine balistique pour s’appliquer à toutes sortes de lumières emblématiques. Tant il est vrai que le terme “phare” s’applique abstraitement à tout ce qui sert de modèle, de guide, à l’instar de Prométhée apportant le feu aux hommes. Une image renvoyant à la Statue de la Liberté d’Auguste Bartholdi (1834-1904), autre franc-maçon célèbre,  à l’entrée du port de New York. Le flambeau porté en main droite incarne la flamme de la liberté venant éclairer le monde. Pourtant la verticalité du phare se double d’une horizontalité terrestre.

C’est en quelque sorte un miroir renvoyant la lumière céleste sur la platitude uniforme de l’élément marin pour protéger le navire des écueils. Le phare sert donc de relai à d’autres mythes: celui de la coupe, incarnée par la coque du bateau, ou bien l’image de la barque divine de Râ sur le Nil, ou encore  celle de l’arche de Noë. Peut-être faut-il aussi penser aux dangers de Charybde et de Scylla dans le détroit de Messine…On se rappelle alors cette célèbre mosaïque du musée du Bardo, à Tunis, où l’on voit Ulysse attaché au mât de son navire pour écouter le chant des Sirènes: triple image symbolique de la barque, du mât et d’un chant divin maléfique. Le phare protège du danger, de même le “métis” [Μῆτις] caractérise le héros (Ulysse), personnification de la sagesse et de la ruse en le protégeant du mal et de la force brute du Cyclope (Polyphème), ou encore des ensorceleuses (Circé, Calypso).  
8.Le Parasol. C’est probablement l’élément le plus inattendu de cette analyse en fonction de son utilisation généralisée dans les us et coutumes de notre vie contemporaine. Mais historiquement et culturellement parlant, son utilisation remonte au tout début des premières grandes civilisations de l’Égypte et du Proche-Orient. Sa description et son usage déterminent sa fonction symbolique initiale. Le

parasol est constitué d’une longue tige supportant une ombrelle de forme arrondie, destinée à se protéger du soleil. Derrière cette image concrète, le caractère abstrait du symbole se dissimule. O y perçoit tout d’abord une opposition entre l’ombre et la lumière. Ensuite, la tige tenue à mains d’homme est un axe vertical entre le bas et le haut, au sommet duquel la rondeur de l’ombrelle s’assimile à la voûte céleste. Cette fonction symbolique est attestée par l’usage royal qu’il en est fait dans l’Égypte ancienne ou la Perse. En Chine, le parasol, souvent de couleur rouge, indiquait la présence d’un dignitaire de haut rang. En Asie du Sud-Est, cette tradition se perpétue comme un élément de la royauté où d’ailleurs la couleur jaune, celle du soleil, est également un apanage de la noblesse. La tradition de l’ombrelle s’est étendue aux arts traditionnels, en Chine, au Japon, en Thaïlande ou au Vietnam, pour ne citer que quelques pays orientaux. Et dans la vie contemporaine des Asiatiques, elle sert maintenant à préserver la blancheur de la peau pour se préserver des rayons néfastes du soleil.
Une nouvelle fois, ce glissement prosélyte du parasol à l’ombrelle efface les origines symboliques de sa fonction initiale.  

    Dans le domaine des symboles qui nous entourent, la présence de la verticalité tient donc une place 
importante dans l’environnement terrestre. Dans notre inconscient collectif, il s’agit d’un lien invisible 
entre le bas et le haut. Ce lien tend à servir d’axe pour relier la coupe terrestre à la voûte céleste. Il aspire 
à recréer cet œuf originel, celui du paradis perdu après la Chute. Il dérive de la Tour de Babel avant la 
séparation des langues terrestres. Mais il s’agit ici de concepts occidentaux. Le monde oriental nous a 
légué l’existence du totem. Pourtant dans le bouddhisme le parasol divin ou royal demeure une image 
aux racines identiques. La tige du parasol, entre les mains de l’homme soutient l’image éblouissante du 
ciel que l’on craint et dont on se protège sous  une ombre bienveillante. Le souverain - le Fils du Ciel, en Chine - en est le premier bénéficiaire et c’est pour cela que le parasol est devenu un emblème royal en 
Asie, au même titre que le jaune, couleur du soleil. À Bali, les temples multiplient l’usage de parasols au 
dessus des statues des esprits, gardiens de la stabilité. Cette même verticalité est associée à Gautama 
Bouddha sous la forme du Cobra abritant le Maître des intempéries au moment de l’Éveil. On relèvera au passage cette image chthonienne du serpent du jardin d’Eden, du bâton d’Esculape ou encore du 
Quetzalcoatl précolombien.
La symbolique s’exprime au travers d’une foule d’images qui nous entourent. Mais ayant des profils différents selon la latitude et les cultures, elle perd souvent un peu de son identité originelle. Pourtant elle nous parle et nous révèle qu’au fond l’espèce humaine est partout la même. Les Thaïlandais ont une 
manière simple et humoristique pour corroborer cette idée: “same same, but different”!


Christian Sorand




BIBLIOGRAPHIE:

BROWN, Dan - The Lost Symbol, Corgi Books, 2010, ISBN: 978-0-552-18123-7

DESROCHES NOBLECOURT, Christiane - Symboles de l’Égypte, Desclée de Brouwer, 2004

DIBIE, Pascal - Ethnologie de la porte, Éditions Métailié, Paris, 2012, ISBN: 978-2-86424-841-5

LEVI-STRAUSS, Claude - La Voie des Masques, Agora Pocket, Librairie Plon, 1979. ISBN 978-2-266-14742-2

MÉTAIS, Pierre - Essai sur la signification du terme “totem”. Persée, https://www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_1951_num_140_1_5818

SERVIER, Jean - Les Berbères, Que Sais-je?, PUF, Paris, 2017, ISBN: 978-2-13-079283-3


Symboles bouddhistes: https://www.comprendrebouddhisme.com/connaitre/bouddhisme-symbole.html

Friday, November 27, 2020

Publication - Les Jeux du Hasard

Les Jeux 

du Hasard  



Christian Sorand


Les lois mathématiques de la probabilité auraient tendance à nous laisser croire que le hasard est une rencontre improbable dans une vie humaine.

Interrogé sur cette question, un mathématicien répond qu’il s’agit d’une probabilité basée sur l’immobilité et que, par contre, la fréquence devient exponentielle dès lors que le facteur d’inactivité est remplacé par une mobilité grandissante.

Voici quatre histoires bien réelles qui viennent bousculer les données tout en confirmant que le Monde dans lequel nous vivons, n’est en réalité qu’un gros village…




Christian Sorand

Bangkok,

Thaïlande, 2020

chrismate.blogspot.com


“L'homme n'a pas beaucoup progressé depuis ses débuts : il croit toujours qu'il n'est pas là par hasard et que des dieux majoritairement bienveillants veillent sur sa destinée.”


L’élégance du hérisson - Muriel Barbery


I. Bancs de classe



Le hasard heureux n’est peut-être pas aussi rare qu’on le pense. Évidemment, il survient de manière tellement fortuite, qu’il est difficile de le savourer sur le moment. On n’en goûte donc les fruits que rétrospectivement.

Il faut pourtant admettre que, quand le hasard se reproduit, il met bien en péril les lois mathématiques de la probabilité.


En début de carrière, jeune enseignant au lycée Lyautey de Casablanca, qui était à l’époque le plus grand établissement scolaire de l’étranger, mes classes allaient de la sixième à la Terminale. Dans ma classe de sixième, j’avais alors une élève allemande dont la mère était mannequin. Cette dame était charmante, svelte, toujours habillée élégamment de manière contemporaine et sportive à la fois. Lorsqu’elle venait me voir pour me parler de sa fille, elle était toujours courtoise et attentive. À vrai dire, ce n’était pas trop difficile car sa fille était une bonne élève. Il est vrai que comme j’enseignais la langue de Shakespeare, la jeune-fille ne présentait aucun handicap dans cette matière.

À la fin de cette année-là, après m’avoir remercié, la mère m’a annoncé qu’ils rentraient en Allemagne définitivement.

Muté au Maroc en tant que VSNA (Volontaire au Service National Actif), je n’ai pas pu rester au delà de ma deuxième année. Mais comme je voulais continuer à enseigner à l’étranger, mon proviseur avait réussi à me faire obtenir un poste au Caire, en Égypte, dans le cadre du Ministère des Affaires Étrangères. J’ai donc eu tout un été pour me préparer à partir en Égypte…Sauf, qu’au dernier moment, alors que je m’inquiétais de ne pas recevoir les documents de mise en route, le ministère m’a annoncé, sur le ton laconique habituel de l’Administration, que mon départ pour Le Caire était annulé mais qu’en échange, on me proposait le lycée Charles-de-Gaulle de Baden-Baden. Il est vrai qu’étant aussi germaniste, c’était un poste qui correspondait à mon profil…De plus, ayant été VSNA de fraîche date, se retrouver parmi les militaires des Forces armées françaises d’Allemagne, ne devait pas trop être une surprise!

J’ai donc refait le salut militaire, un peu forcé, au départ du moins. À Baden-Baden, mes voisins étaient une famille de gendarme 

bien sympathique. Le logement était fourni automatiquement avec le chauffage, l’électricité et l’eau. Une somme minime était prélevée chaque mois sur mon bulletin de salaire. J’avais, de surcroît, accès au mess des officiers pour tous les repas. Autrement dit, les conditions étaient plus que favorables pour le jeune enseignant que j’étais. En plus, Baden-Baden est une ville-jardin fort agréable, au pied de la Forêt Noire, offrant une multitude de balades et de découvertes champêtres.

Au lycée, mes classes étaient plutôt des classes de premier cycle de la 5e à la 3e. Les élèves étaient en majorité des enfants de militaires ou d’employés de la base, mais pas exclusivement, ce que j’aimais bien.

Au premier rang de ma classe de 4e, il y avait une jeune élève qui me fixait continuellement, mais qui restait plutôt silencieuse en classe. Quand je croisais son regard, il y avait quelque chose que je n’arrivais pas à définir. Cela a fini par m’intriguer un tant soit peu. Or, une nuit, une semaine plus tard, la vérité m’est apparue. Ne s’agissait-il pas de mon élève allemande de Casablanca? Pourquoi, n’avait-il pas été possible de m’en apercevoir plus tôt? La raison est simple. Mesurez le changement qui s’opère sur une jeune adolescente, en l’espace de deux années! Nous étions encore au début de l’année scolaire. Il faut toujours un certain temps pour connaître tous les noms des élèves ou encore pour savoir d’où ils viennent. 

Le lendemain matin, en retournant dans la classe de quatrième, j’ai tout de suite posé la question à ma jeune élève. La coïncidence avait voulu que c’était bien mon ancienne élève de 6e au lycée Lyautey. Timide, elle m’avait reconnu dès le premier jour, pensant que moi aussi je la reconnaissais! 


II. Une simple histoire de recrutement



D’un pays à l’autre, de tels hasards sont rarissimes. Du moins, c’est ce qu’on pourrait croire. Eh bien non:  voici d’autres témoignages vécus.


Après deux années passées à “Vientiane International School” au Laos, il était temps de briguer un autre poste. Dans le milieu enseignant des établissements internationaux de langue anglaise, il existe des foires annuelles de recrutement. La première de chaque année a lieu à Bangkok. Venant de la capitale laotienne, l’occasion était d’autant plus facile. Donc, dans un grand hôtel situé sur la rive fluviale du Chao Phraya, j’allais d’interviews en interviews, comme s’il s’agissait de faire une pêche au gros poisson. La comparaison n’est pas totalement inadéquate, vu qu’à Vientiane on attrapait parfois des poissons-chats géants dans le Mékong, “la Mère des eaux”!

Cette pointe d’humour permet de rebondir sur les touches que l’on fait à l’occasion des recrutements. Effectivement, la ligne que j’avais lancée avait fait une touche qui semblait prometteuse. Pour la deuxième fois consécutive, le chef d’établissement et le Highschool Principal d’une grande école de Tunis, tenaient à me revoir immédiatement.

Inutile de s’étendre davantage sur la suite de cet épisode: peu après ce second interview, je signais mon contrat de recrutement. 

Et c’est à partir de ce moment-là que ce diable de hasard a lancé ses dès. Le numéro trois est sorti gagnant.

Parmi tous les chasseurs de postes, il y avait un couple de Canadiens qui étaient avec moi à Vientiane. Nous nous connaissions en tant que collègues, mais sans plus. Or, j’apprends que tous deux étaient également nommés à l’école internationale de Tunis. Il est toujours plus difficile pour un couple d’obtenir conjointement deux postes dans le même établissement.

Le chiffre trois annoncé pourrait laisser croire que c’était bien l’aboutissement de ce nouveau phénomène du hasard…

Disons d’abord, qu’à partir de ce moment-là, ces collègues et moi sommes tous trois devenus de grands amis. Nous le sommes restés d’ailleurs. On peut donc remercier une nouvelle fois le hasard.

Ce n’est pourtant pas la fin de cette seconde anecdote.

À la rentrée suivante, nous voici donc à “l’American Cooperative School” de Tunis (ACST). Or, parmi les nouveaux recrutés, j’ai la surprise de revoir un couple d’enseignants américains qui étaient avec moi à l’école internationale de Kuala Lumpur (ISKL), où j’avais enseigné pendant de nombreuses années! 

La même histoire de hasard a donc scellé une nouvelle fois une vieille amitié par le biais de regroupement incongru.

Ne perdons donc pas le décompte: nous en sommes à deux tours du hasard. Évidemment, le calcul donne au total le chiffre cinq, sans compter les chiens et les chats! Mais il n’y avait pas d’enfants dans le décompte.

Une année scolaire s’est achevée. De nouvelles têtes sont arrivées; de nouveaux élèves aussi.

À Vientiane, j’avais eu, pendant deux années consécutives, une des filles du consul des États- Unis; une excellente élève. Au moment où nous quittions l’école internationale de Vientiane, ce diplomate était rappelé au State Department de Washington D.C., évidemment avec toute sa famille composée d’une épouse thaïlandaise et de trois filles. 

Un an plus tard - “l’année du printemps arabe” - il était en poste à Tunis! 

Il y avait environ six cents élèves à ACST. Et cette fois-ci, la sœur ainée de mon ancienne élève de Vientiane, se retrouvait dans une de mes classes.

J’ai parlé de triple hasard. En fait, il y en a eu un quatrième. Je ne m’en suis pas aperçu tout de suite. Il a même fallu plusieurs mois, à l’occasion d’un voyage dans le Grand Sud tunisien, pour que je m’en rende compte.

À l’école internationale de Manille (ISM), une de mes collègues, française et cheffe du département des langues étrangères, avait pour élève un adolescent français qui vivait seul avec son père aux Philippines. Or, voilà qu’au cours de la première année à Tunis, j’ai tout à coup réalisé  que je les connaissais depuis les Philippines! C’était à l’occasion d’un séjour dans un hôtel de Douz, dans le grand erg oriental. Ce garçon était un élève de mon collègue canadien!

Que de telles coïncidences existent d’un bout à l’autre de la planète, paraît peu vraisemblable. Et pourtant!


 III. Improbable désert


Voici encore d’autres histoires de rencontres incongrues, faites au cours de voyages.

Pendant mes années de coopération en Algérie, deux épisodes similaires, assez surréalistes, me reviennent en mémoire.


Une fois, avec un couple d’amis coopérants à Biskra, nous avions décidé de partir en voyage dans le Hoggar. Ce périple devait se faire en deux temps. Tout d’abord, il fallait prendre la voiture pour aller à Ghardaïa, ce qui représentait 575km, soit plus de 7h de route. Ensuite, on prenait le vol journalier reliant Alger à Tamanrasset qui faisait escale dans le M’zab. Arrivés dans le Hoggar, nous avions réservé un guide et une Land-Rover pour nous rendre dans le massif de l’Assekrem à l’ermitage du père de Foucault et passer la nuit au refuge à 3000m d’altitude. Comme bout du monde, on peut difficilement trouver mieux. Le soir venu, comme il se doit, nous faisions table commune à l’auberge. Ce soir-là, il y avait un petit groupe de méharistes français. Parmi eux, et contre toute attente, n’y avait-il pas un couple d’Aixois que je connaissais très bien?


Une seconde fois, j’étais parti seul en voiture de Biskra à El Menia (anc. El Goléa) où se trouve la tombe du père de Foucault. Ce trajet représente environ 800km à travers le Sahara, soit une dizaine d’heures de conduite. Sur la route du retour, environ à mi-chemin, entre Ouargla et Touggourt, la route goudronnée est l’une des plus droites qui existent. Comme la circulation y est plutôt rare, on a tendance à rouler vite. Or, voici qu’à l’horizon, le point se rapprochant dans le sens opposé, ressemble à une bicyclette! Un mirage? Mais non, c’est véritablement un vélo! Instinctivement, je ralentis un peu. Au moment où le croisement s’opère, en l’espace de quelques secondes, je m’aperçois que c’est un cycliste européen, et que…non, ce n’est pas possible… je le connais! Je fais demi-tour un peu plus loin et pars à sa poursuite, alors qu’il continuait, imperturbable, son bonhomme de chemin! Je le rattrape. Je klaxonne, lui faisant signe de s’arrêter. Alors, sur une dune voisine, nous nous reconnaissons. Lui était vétérinaire. Je l’avais connu dans le nord de l’Algérie, et maintenant il avait décidé de traverser toute l’Afrique à bicyclette jusqu’au Cap! 


IV. Bouts du monde?


Pour bien montrer ces hasards du destin, voici une dernière rencontre improbable, faite également à un autre bout du monde. 


J’étais alors en poste à Bornéo, plus précisément au Kalimantan oriental, qui fait partie de l’archipel indonésien.


Au cours d’une période de vacances scolaires, j’étais parti avec un couple de collègues visiter les îles aux épices (les Moluques). C’était la fin du périple et nous revenions au Kalimantan en passant par les Célèbes (Sulawesi). Le vol en provenance d’Ambon, capitale des Célèbes, faisait escale à Ujung Pandang (Makassar). Nous attendions donc le prochain vol vers Balikpapan, assis dans une petite salle ouverte sur la piste de l’aéroport. Nous lisions pour passer le temps. Puis, à un certain moment, il y a eu un brouhaha annonçant l’arrivée d’un petit groupe. Or ces voyageurs étaient un groupe de Français qui devaient embarquer dans une salle à l’arrière de la nôtre à destination de Jakarta. À un moment donné, je me retourne instinctivement et, l’espace d’un quart de seconde, je reconnais vaguement - semble-t-il - une silhouette féminine qui, déjà, me tournait le dos! Impossible!…Mon sang ne fait qu’un tour et je me précipite vers l’autre salle pour vérifier. Bon sang! Mais oui, cette petite dame qui est là parmi les autres , je la connais bien! Non seulement, j’avais déjà fait un voyage en sa compagnie aux États-Unis, mais elle était aussi Arlésienne. Il s’agissait en fait de la fondatrices des éditions Actes-Sud. Évidemment, elle était tout aussi surprise que moi, mais nous avons pu échanger quelques mots avant que chacun de nous ne parte dans sa direction. Elle revenait d’un voyage en pays Toraja et était sur le chemin du retour vers la France.


Quelques années plus tard, résidant alors à Kuala Lumpur, j’étais parti en Nouvelle Zélande aux vacances de Noël avec des amis malaisiens. À la fin du séjour, nous faisions une brève escale à Sydney sur le chemin du retour. Nous venions de poser nos bagages à un hôtel situé à proximité  de Chinatown. Nous avons alors décidé de faire une promenade au centre-ville. Nous flânions tous les trois le long de Darling Square, quand tout à coup, nous nous sommes trouvés nez à nez avec une amie arlésienne, accompagnée de sa fille! Il se trouvait que mes amis malaisiens la connaissaient très bien, puisqu’ils l’avaient rencontrée - de manière tout aussi incongrue - devant les tours Petronas, une année plus tôt! Plus improbable encore, nos deux amies, avaient le même hôtel que nous! Elles arrivaient directement de France pour passer des vacances en Australie et nous, nous étions là en escale seulement! La probabilité mathématique d’une telle rencontre doit être proche du zéro.


Hasard, quand tu nous tiens! … Cette multiplication de moments forts est renversante. Le souvenir reste gravé dans la mémoire. Car ces moments-là créent une sorte de complicité tellement marquante que, bien souvent, elle renforce des liens qui s’étaient distanciés.

Alors comment ne pas remercier le hasard! Cette fortune qui intervient toujours dans des moments aussi improbables. 

En vérité, le hasard fait parfois bien les choses.



Christian Sorand




À propos de l’auteur:



Quand on a décidé de se soustraire à l’activité contraignante du travail, se pose alors la question de savoir s’il ne serait pas bon de se réfugier parfois dans la lecture et l’écriture. 

Linguiste de formation, polyglotte, l’auteur a longtemps été un enseignant voyageur, en poste aux quatre coins de la Terre. Photographe, un brin passionné d’ethnologie, il troque parfois son appareil—photo contre une plume légère qu’il fait virevolter ici et là au gré de l’inspiration ou d’improbables rencontres.



Cet ouvrage collectif est paru en Thaïlande en septembre 2020. Il peut être commandé à la librairie française "Carnets d'Asie" à l'Alliance Française de Bangkok.



"Mercis Autour du Monde"
par Michel Testard et ses Amis